Parvis de la cathédrale : le passé d'Agen révélé

Présentation des découvertes archéologiques réalisées par Éveha suite aux travaux d'aménagement

L’histoire du quartier de la cathédrale

Mentionnée pour la première fois en 592 par Grégoire de Tours, la basilique Saint-Caprais est élevée sur une nécropole antique. Nous ne connaissons cependant rien de ce premier édifice religieux.

En effet, l’église est reconstruite à l'époque romane (XIe-XIIe s.), puis la nef reprise au début de l’Époque moderne (XVe-XVIe s.), et enfin en 1803, l’église Saint-Caprais est érigée en cathédrale et des travaux de rénovation sont entrepris dès 1837 pour adapter l’édifice à son nouveau statut. 

De la période antique précédant cet édifice religieux, les fouilles archéologiques anciennes avaient permis d’attester de la présence d’habitats, puis de la transformation de l’espace en nécropole.

Voir le plan historique du cœur d'Agen (image PNG / 100 Ko)

Les découvertes en cours

Les fouilles ont mis au jour des vestiges allant de l’Antiquité à l’Époque moderne en passant par le Moyen Âge. Une voie pavée, peut-être médiévale, est apparue. Elle était percée par des dizaines de sépultures creusées en pleine terre. À proximité, un bâtiment, dont la fonction originelle reste indéterminée à ce jour, a révélé avoir été transformé en caveau collectif dans un second temps : des sépultures en cercueil – dont l’une contenait un chapelet – y ont été découvertes.

La principale zone de fouille se trouvait autour du sarcophage antique découvert fortuitement lors des travaux d’aménagement. La fouille a ainsi révélé que le sarcophage n’y était ni isolé ni le vestige le plus ancien. En effet, une sépulture et une maçonnerie, présentant des traces d’enduit peint, antérieures à la mise en place du sarcophage ont été découvertes.

Le sarcophage, installé sur une sorte de piédestal maçonné, se trouvait à l’intérieur de ce bâtiment, interprété pour l’instant comme un mausolée (monument funéraire de grandes dimensions). Il était constitué d’une cuve rectangulaire (2 x 0,80 m pour 0,43 m de haut) portant de très nombreuses traces d’outils (pic et marteau taillant). Cette cuve était recouverte par un couvercle en bâtière orné d’un décor en écailles de poisson sur les grands côtés et d’un décor végétal sur les petits côtés. Une rosace, disposée à l’intérieur d’un cadre décoratif, était également présente sur la face nord. La cuve et le couvercle ont été façonnés dans du marbre des Pyrénées et sans doute transportés par voie fluviale.

À l’intérieur de la cuve, un individu de sexe masculin entre 40 et 50 ans était inhumé sur un lit de charbons et sa tête était calée entre deux fragments de tore (moulure pleine au relief arrondi). Robuste, il souffrait néanmoins d’arthrose et d’une calcification du cartilage thyroïdien. Aucun objet n’accompagnait le défunt. On accédait à cette tombe privilégiée par une porte disposée à l’est. La circulation à l’intérieur du mausolée est cependant difficile à percevoir à cause des nombreuses sépultures qui y ont été retrouvées. En effet, l’importance de cette construction et, sans doute, du personnage inhumé dans le sarcophage, incita vraisemblablement la population à se faire enterrer à proximité durant plusieurs siècles.

Ce secteur témoigne ainsi de l’évolution des types d’architecture funéraire : on note des tombes en coffre constitués de blocs calcaires taillés, remplacés par des coffres en briques autour des XIIIe-XIVe s., puis par des fosses creusées dans la terre et enfin des cercueils caractéristiques de la fin de l’Époque moderne et du début de l’époque contemporaine. On constatera également la concentration, dans un tout petit périmètre, d’inhumations d’enfants et très jeunes enfants antérieures aux coffrages en briques. 

La fouille de sauvetage a ainsi livré de précieux éléments qui viennent compléter notre compréhension des pratiques funéraires antiques et médiévales autour de l’actuelle cathédrale Saint-Caprais et enrichir les connaissances de l’histoire de la ville d’Agen.

Les fouilles, d’hier et d’aujourd’hui

Les premières recherches autour de la cathédrale Saint-Caprais datent du début des années 1990. Une série de sondages, menée à l’occasion de travaux de drainage sur le pourtour de l’édifice religieux, avait alors permis de percevoir des niveaux de circulation et les vestiges d’habitats antiques ainsi que des sépultures du milieu du Moyen Âge. En 2005, un diagnostic archéologique avait été programmé dans le cadre du rojet de réaménagement de la place du Maréchal Foch.

Il confirma la présence d’un espace funéraire installé sur des structures bâties plus anciennes. À l’automne 2019, la découverte fortuite d’un sarcophage en marbre de l’école dite " d’Aquitaine " (IVe-VIe siècles) et d’une calade - c’est-à-dire une voie pavée -, lors des travaux de réaménagement du parvis, a motivé la prescription d’une fouille archéologique par le service régional de l’Archéologie de Nouvelle-Aquitaine (DRAC/SRA).

Ces recherches, menées durant l’hiver 2019-2020 par le bureau d’études Éveha, ont mobilisé une équipe composée d’archéologues, d’archéo-anthropologues et d’un topographe. Le sarcophage a été déposé pour conservation au musée d'Agen. Un projet est à l'étude pour déterminer dans quelle mesure il pourra être mis en valeur in situ.

Textes et photos : Éveha, 2019

En savoir plus sur l'aménagement du parvis de la cathédrale.

Publié le 09/01/2020